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Facebook : un parfait exemple de dindification


Comme je l’ai expliqué à quelques reprises, la dindification est ce processus qui fait que les dindes (nous) sont euphorisées par des journalistes, des experts, des spécialistes et des gourous, peu importe le domaine. Un processus d’euphorisation conduit généralement au développement d’une tendance. Cette tendance peut devenir ou non un système de valeurs. Par exemple, l’écologisme est une tendance qui s’est transformée en un système de valeurs, et qui, tout comme Facebook, a suivi la courbe de dindification comme exprimée dans le schéma que voici.

Le cas de Facebook est intéressant à plus d’un égard avec plus de 411 millions d’utilisateurs en date d’avril 2010, ce qui représente pas moins de 6 % de toute l’humanité.

  1. La courbe d’euphorisation de Facebook se comporte comme toutes les tendances. Le coup de force (euphorisation) de Facebook et des dindificateurs (journalistes, experts, spécialistes et gourous du Web) aura été de faire croire aux gens que la vie privée pouvait être étalée au grand jour avec ses cercles d’amis rapprochés, et que la communication avec ceux-ci serait augmentée et enrichie par technologie interposée.
  2. La courbe a franchi le point crucial des politiciens et des législations. Par exemple, au Canada, la commissaire à la vie privée a exigé de Facebook d’apporter des modifications à son contrat la liant avec ses utilisateurs. Il est donc fort probable que d’autres gouvernements emboîteront le pas.
  3. Les entreprises y sont représentées de façon encore très marginale par rapport au nombre d’utilisateurs. Pour une tendance, c’est une étape cruciale à franchir. Pour qu’une tendance attire encore de plus en plus de gens, les entreprises doivent embarquer dans la tendance. Le problème, c’est que, au moment où j’écris ces lignes, les entreprises n’arrivent pas clairement à voir leur intérêt dans un média à vocation sociale. Par contre, il faut se fier sur l’infatigable travail de ces grands dindificateurs que sont les gourous du Web. Réussiront-ils à faire croire aux entrepreneurs qu’il est possible d’investir dans une démarche de marketing par engagement qui ne rapporte que sur le long terme ?
  4. Facebook est une puissante tendance qui ne s’est pas encore transformée en un système de valeurs. Et c’est là où les choses deviennent intéressantes. Pour qu’une tendance devienne un système de valeurs, elle doit offrir un ensemble d’idées structurantes et mobilisatrices, autrement dit, une vision du monde. Sur ce point, le pari de Facebook est presque gagné, car la vision du monde qui est proposée est celle d’une communication augmentée et enrichie avec autrui par technologie interposée. Par contre, si elle veut définitivement s’implanter comme tendance sociale de fond, elle doit aller encore plus loin que ça : elle doit également devenir un système de réponses, ce qui, à l’évidence, n’est pas vraiment encore le cas.

En fait, Facebook ne deviendra jamais un système de valeurs, et il est fort peu probable que nous en arrivions un jour à parler de facebookisme comme on parle d’écologisme. Concrètement, Facebook est simplement l’expression d’une tendance beaucoup plus profonde par technologie interposée : l’individuation poussée à un niveau jamais égalé. Autant sommes-nous en mesure d’interagir avec nos semblables par technologies interposées, autant cette même interaction nous coupe-t-elle d’une véritable communication.

Le véritable défi de la communication n’est pas dans le fait de disposer de technologies performantes pour se connecter et interagir, mais dans notre capacité à gérer la communication avec nos pairs. « Texter » ou écrire un tweet ou quelques mots sur Facebook n’est pas bien compliqué, car les outils de communication voilent les problèmes de base inhérents à la communication entre individus.

Communiquer, c’est être capable de gérer la différence de l’autre, et cette différence, les outils de communication l’effacent pour ainsi dire. Lorsque vous interagissez par technologies interposées, vous pouvez être en contact avec des gens avec qui vous n’auriez strictement aucune affinité en présence effective. Vous pourriez même ne jamais vouloir vous retrouver avec certaines personnes dans une même pièce, c’est tout dire !

Communiquer est une épreuve : c’est l’épreuve d’autrui, l’épreuve d’être confronté à une différence qu’il faut gérer. Et pour gérer cette différence, il est impossible de le faire par technologies interposées. Le seul moyen de communiquer, c’est d’être en présence physique avec l’autre, et pas autrement.

Les technologies de la communication nous libèrent de la contrainte de gérer la communication et la différence avec autrui, et par le fait même, nous redonnent la maîtrise sur notre interaction avec une vitesse absolument prodigieuse.

  1. 8 avril 2010 à 3:52 | #1

    Il s’agit en fait de l’approche de l’appropriation individuelle et collective d’une TIC développée par Breton et Proulx en 1988 et 2002… Et je ne crois pas que ces auteurs mentionnent le mot “dinde” dans le développement de leur concept. Ceci dit, j’apprécie beaucoup l’actualisation que vous faites de des recherches, même si je vous trouve un peu trop sombres dans vos propos, un peu trop alarmiste quoi.
    Mais dans l’ensemble je suis d’accord… à plus ou moins quelques concepts prêts. On parlera selon moi un jour de Facebookisme et de Twitterisme. Au même type que l’on parle désormais de journalisme papier, radio, télé…
    La discussion pourrait être interminable je le concède, les arguments en faveur ou en défaveur se valent si vous voulez mon avis!

  2. arkiel
    20 février 2011 à 10:39 | #2

    “l’individuation poussée à un niveau jamais égalé”

    (Un blog chargé d’une dizaine de commentaires parait d’avantage décrire l’individualisation qu’un Facebook et ses groupes, événements, et autres files de commentaires…)
    Peut-être que le site américain isole les gens il est vrai, mais des phrases tels “oh putain c’est sensationnelement du jamais vu” biaisent un peu la perception de la phrase, et la replacent dans un contexte de philosophie de comptoir.

    Ps : la css nous montre une feuille de brouillon, peut-être aurait-il au moins fallut rajouter vos sources dans la marge.

  1. Pas encore de rétrolien.

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