Dans la gueule du consensus


Si vous disposez d’une preuve solide, vous argumentez sur cette preuve. Lorsque vous avez de solides arguments, vous êtes en mesure d’argumenter. Lorsque vous n’avez ni une preuve solide ni un solide argument, vous faites appel au consensus. Le consensus est l’un des plus puissants vecteurs de dindification.

Depuis le début des années 1990, on nous parle du consensus scientifique à propos du réchauffement climatique. Pourtant, dans un article du Newsweek paru le 28 avril 1975, Peter Gwynne déclarait : « les scientifiques sont unanimes sur le fait que nous sommes confrontés à un refroidissement climatique ». Depuis vingt ans on nous dit que tous les scientifiques s’entendent pour dire que la planète se réchauffe, qu’elle court à la catastrophe, que des espèces sont menacées, que les côtes seront inondées, que les événements climatiques extrêmes seront plus fréquents et plus dévastateurs, etc., sans compter que cette liste de catastrophes semble tout droit sortie d’un esprit très fécond. Mais lorsqu’on dit que tous les scientifiques s’entendent pour dire qu’il y a effectivement un réchauffement climatique planétaire causé par l’activité humaine, qui sont au juste ces scientifiques ? Avant de répondre à cette question, voyons tout d’abord le processus qui sous-tend le consensus.

Pour qu’il y ait consensus scientifique, il faut que celui-ci soit fondé sur une solide évidence scientifique. Par contre, un consensus n’est pas l’évidence, et les gens tendent parfois à prendre l’un pour l’autre. Par exemple, lorsqu’une théorie ou un modèle scientifiques est bien établi, vous n’entendez pas parler de consensus. Avez-vous déjà entendu parler d’un consensus à propos du fait que le cœur pompe le sang, que l’eau est une molécule composée d’oxygène et d’hydrogène, que les corps célestes orbitent les uns autour des autres, que le gravité nous colle au sol, que le soleil brille constamment, etc. En fait, dès que vous entendez le mot consensus, ce que vous pouvez déjà dire, c’est qu’il y a un processus d’euphorisation en cours. En 1992, Al Gore, alors vice-président, disait : « Seule une infime fraction de scientifiques s’oppose à la thèse du réchauffement planétaire. Le temps pour les débats est terminé. La science a rendu son verdict. » Pourtant, à la même époque, la maison de Sonsage Gallup rapportait les faits suivants :

  • 53 % des scientifiques activement impliqués dans la recherche sur le réchauffement climatique ne pensaient pas qu’un réchauffement était en train de se produire;
  • 30 % des scientifiques n’étaient pas du tout convaincus;
  • 17 % des scientifiques croyaient que le phénomène était en train de se produire.

Étant donné que le vice-président Al Gore ne disposait d’aucune preuve solide et d’aucuns solide argument, il lui restait le consensus, et c’est sur la mécanique propre au consensus qu’il a fondé toute sa rhétorique. En fait, le consensus est un puissant vecteur d’euphorisation d’une tendance, et conséquemment de dindification. Par exemple, lorsqu’une bulle spéculative financière est en cours, il est fréquent d’entendre dire de la part des journalistes que tous les spécialistes s’entendent tous pour dire que… tout comme on entend les gourous du Web nous dire qu’il y a consensus pour que toutes les entreprises utilisent les médias sociaux, ou pire encore, lorsqu’ils nous disent qu’il y a consensus voulant que notre pays accuse un retard technologique.

Sur la planète Algore il y a plein de catastrophes, tandis que sur la planète Terre, nous avons une situation quelque peu différente. Sur la planète Algore on pratique le consensus.

  1. FT
    8 septembre 2010 à 7:00 | #1

    Le consensus est aussi quelque chose d’éminemment culturel. Le modèle Danois du bien commun, qui repose sur l’idée de folkelig, a fait de ce pays un des plus puissants générateurs de consensus. Idem aux P-B ou le consensus est souvent poursuivi comme un objectif pour tel – culturellement parlant. Un gouffre avec d’autres pays où, par exemple, la culture du conflit ou de l’opposition démocratique est ouvertement valorisée et promue.

    Disons que pour ma part, je me garderais bien de juger le consensus en tant qu’arme rhétorique ou objectif d’une démarche, quelle qu’elle soit. En soi, il n’est ni bon, ni mauvais, ni souhaitable, ni indésirable. Il dépend tout simplement du contexte, de la question posée, de celui qui la pose et de la manière dont il la pose. Beaucoup de paramètres qui me semblent plus importants…

  2. olivier.montulet@skynet.be
    31 octobre 2010 à 3:33 | #2

    Pierre,

    Ici, je te suis 200%

  3. olivier.montulet@skynet.be
    31 octobre 2010 à 3:37 | #3

    FT: En science le consensus n’a pas place. Seule la vérité établie c’est à dire expérimentée et reproduite fait preuve. Le consensus est affaire politique (gestion de la cité cad des groupes humains). En science ont peut, seul, avoir raison contre tous demandez à Copernic…

  4. 1 novembre 2010 à 6:23 | #4

    @ Olivier Montulet

    Rien n’est plus faux, bien évidemment. Il n’y a rien de tel qu’un consensus qui serait une notion strictement politique, à distinguer d’une science qui serait purement objective. Les théories scientifiques ne font autorité que dans la mesure où elles font consensus. Prenez la thèse du réchauffement climatique: elle ne s’est imposée qu’au fil du temps, et n’est largement acceptée que dans la mesure où une majorité de la communauté scientifique l’endosse.

    La science est truffée d’indicateurs de consensus, destinés à marquer une théorie de l’aval de la “communauté”: le peer-review, le ranking des revues (qui détermine leur autorité, comme Nature ou Science), ou encore les phénomènes d’adhésion qui font qu’une théorie est citée et se renforce au fur et à mesure qu’elle est citée, et donc est citée encore davantage…

  1. Pas encore de rétrolien.

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