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Archive de la Catégorie ‘Consommation’

Discours de ceci ou de cela versus la réalité

Plusieurs lecteurs de mon livre « Dindification – Développer son esprit critique dans un monde du prêt-à-penser» m’ont demandé de clarifier la notion de discours. La voici donc :

Qu’est-ce qu’un discours ? C’est une représentation mentale que l’on se fait de la réalité à propos d’un sujet tant qu’on ne dispose pas de solides évidences pour établir des faits cohérents et concordants avec la réalité.

Au XVe siècle, il y avait une solide discussion — discours — à propos de la position de la Terre par rapport au soleil : l’héliocentrisme — la terre tourne autour du soleil — et le géocentrisme — la terre est immobile au centre de l’univers. On n’avait pas encore établi avec certitude — fait —, que la Terre tourne autour du soleil. L’idée est la suivante : il y a présence d’un discours tant qu’on n’a pas statué une fois pour toutes sur l’état de la chose. Autrement dit, il y a discours tant qu’on ne dispose pas de solides évidences pour établir des faits cohérents et concordants avec la réalité. Tant qu’une certitude n’est pas établie à propos d’une réalité, la réalité possède toujours une double personnalité : l’une relève du factuel et l’autre du discours. Concrètement, le factuel représente l’ensemble des données vérifiables, cohérentes, et concordantes avec la réalité, tandis que le discours, est une représentation mentale que l’on se fait du factuel. Entre les deux, il y a un abîme, et c’est à partir de cet abîme que se forgent les discours.

Un discours possède toujours sa contrepartie tant que le factuel n’est pas établi. Par exemple, le discours du chocolat noir, du thé vert, des antioxydants, de l’obésité, de la mise en forme, et de la pratique d’un sport composent pour une grande part le discours de la santé actuellement à la mode. Ce discours a ses opposants, pour la simple raison qu’aucun « factuel » n’a été établi. Autrement dit, personne n’a de certitude à propos de quoi que ce soit à propos de la santé, sauf pour quelques exceptions qui sont aujourd’hui des faits établis — le tabac cause le cancer du poumon.

Personnellement, je ne me place jamais dans la position opposée au discours dominant. Pourquoi ? Parce que, lorsque vous vous placez dans la position du camp opposé, vous vous placez dans une position de polémique, c’est-à-dire que vous pensez contre quelqu’un au lieu de penser la chose même et de proposer des analyses. Ma position épistémologique est la suivante : ce qui importe, ce n’est pas de savoir qui a raison ou qui a tort. Ce qui importe vraiment, c’est de savoir quels seront les impacts sur nos vies et la société si nous adhérons massivement au « pour » ou au « contre » du discours de la santé, du discours sur le réchauffement climatique, du discours de la transparence, ouverture, partage et collaboration du Web 2.0, ou de tous les autres discours imaginables.

L’une des raisons pour laquelle nos systèmes de santé sont des gouffres sans fond pour les finances publiques, c’est peut-être justement parce que nous prêtons foi aux discours à propos de la santé plutôt que de nous en remettre aux faits vérifiés et vérifiables.

© Pierre Fraser, 2011

Focus 20 – Résumé de la conférence

Les gens qui sont ici réunis ce soir sont, pour la majorité, des entrepreneurs. On s’attend généralement de l’entrepreneur qu’il soit rationnel dans ses décisions ; ce qu’il est généralement, car il n’a jamais intérêt à faire en sorte de mener son entreprise droit à la faillite. On dit que l’entrepreneur qu’il est fonceur, visionnaire, fin stratège, etc. Même plus, l’entrepreneur qui, de 1950 jusqu’en 1985, était considéré comme un besogneux, est soudain devenu le penseur de notre époque.

Que s’est-il passé en 1985 ? La mondialisation est débarquée par la convergence de l’informatique à bas prix et de la fibre optique. Nous avons mis en réseau toute la planète, tant sur les plans technique, économique que financier. Tout le monde a été pris dans une tendance, celle du néolibéralisme. Posons maintenant la question suivante : « Qu’est-ce qu’une tendance ? »

Tendance : discours euphorique formé d’idées mobilisatrices et structurantes proposant une vision du monde.

Comme vous pouvez le constater à partir du schéma, l’entrepreneur n’est pas une personne qui succombe si facilement aux nouvelles modes. Par exemple, il a fallu plus de 40 ans avant que le mot « vert » ne soit intégré dans le vocabulaire des entrepreneurs. Nous sommes passés au discours de la verdure ! Même les quincailleries grande surface tentent de vous le faire croire, même McDonald ! Le point sur lequel je vais insister, c’est sur votre rôle de dinde euphorisée.

Dindification
Imaginez une dinde bien dodue. Pendant mille jours, l’éleveur lui prodigue mille et une petites attentions. Donc, notre dinde n’a strictement aucune raison de croire que le pire puisse lui arriver, car chaque jour qui passe lui confirme avec de plus en plus d’évidences que demain sera la réplique d’hier ou d’aujourd’hui. Soudain, le mille et unième jour, contre toutes attentes, elle se fait trancher la tête.

Pour qu’il y ait dindification, vous devez réunir six conditions :

  1. Vous devez avoir un engouement pour un phénomène.
  2. Vous devez avoir des experts qui relaient l’engouement.
  3. Vous devez avoir un nombre suffisant de dindes qui succombent à l’engouement.
  4. L’engouement doit s’autoamplifier par le nombre de dindes qui adhèrent successivement à l’engouement.
  5. Les dindes ne doivent pas savoir qu’elles sont victimes d’un effet euphorisant.
  6. Les dindes ne doivent pas savoir qu’elles ne savent pas.

L’euphorie

Que se passe-t-il quand il y a euphorie à propos des réseaux sociaux ? En fait, vous devriez vous sentir particulièrement concernés. Pourquoi ? Rappelez-vous des bulles spéculatives. Supposons un instant que tout le monde, autour de vous, parle de Twitter et de Facebook, sans compter que les médias de masse ne cessent de vous seriner que ce sont vraiment de fantastiques outils. Vous vous dites « Mais quel merveilleux moyen d’entrer en contact avec des centaines, voire des milliers de gens pour me faire connaître ainsi que mes produits et services ! » Avouez que c’est fascinant. C’est un peu comme le ver accroché à l’hameçon auquel est attaché un leurre pour attirer le poisson. Vous vous dites, si tout le monde est sur Facebook, 500 millions de personnes, et que Twitter connaît une croissance fulgurante, c’est qu’il y doit avoir là quelque chose qui vous échappe, et vous décidez de suivre la vague. De plus, vous avez écouté les commentaires de tous les gourous du Web et experts autoproclamés, tant à la télé que dans les journaux et les blogues, et vous vous dites qu’autant de gens ne peuvent pas forcément avoir tort.

En réalité, ce qui vous échappe, c’est que vous n’aurez strictement aucun avantage stratégique à utiliser les médias sociaux, puisque tout le monde utilise ces outils. On se retrouve donc ici dans la même position que l’investisseur qui se fie aux conseils des journalistes financiers, et vous décidez de suivre le troupeau. Autrement dit, vous êtes une dinde. Le fermier, ici, c’est Google, ou Facebook, ou Twitter ! C’est comme vous voulez.

Posez-vous la question suivante : « Si tout le monde utilise les médias sociaux, quel est votre avantage stratégique ? ». En fait, il n’y en a aucun. Le véritable avantage stratégique c’est de ne pas être sur les médias sociaux !

Dès que vous êtes du côté de la majorité, il est temps de prendre une pause et de réfléchir. (Mark Twain)

L’euphorie, les experts et les entreprises

J’admets que ça peut sembler totalement contre intuitif de vous dire que votre véritable avantage stratégique c’est de ne pas être sur les médias sociaux. Alors, où devez-vous être ? Là où vous avez un avantage stratégique. Et où est cet avantage stratégique ? Dans les médias traditionnels et le bon vieux Web 1.0. Vous vous dites que j’ai perdu la tête pour faire une telle affirmation ? Selon vous, que fait le véritable investisseur avisé ? Il est toujours là où la foule n’est pas. Heureusement ou malheureusement, c’est selon, il n’y a pas que les particuliers qui se comportent comme des dindes. Les entrepreneurs, eux aussi, se comportent parfois comme des dindes. Je m’explique :

  • Par définition, un entrepreneur est une personne qui est constamment à l’affût de nouvelles clientèles.
  • Comme les journaux et les experts des magazines spécialisés dans le monde des affaires disent que les médias sociaux offrent une opportunité intéressante pour développer leurs marchés, le côté dinde de l’entrepreneur refait surface, et il se dit que si les spécialistes le disent, c’est que ça doit être vrai.
  • En sautant dans le train du Web 2.0, l’entrepreneur oublie qu’il n’aura pas un avantage stratégique, car tous ses concurrents auront pris connaissance des mêmes conseils que lui. Comme il ne sait pas qu’il ne sait pas qu’il n’y a pas d’avantages stratégiques, il investit dans la bulle spéculative des médias sociaux.
  • Les experts autoproclamés des médias sociaux et les gourous du Web disent à l’entrepreneur qu’on ne fait pas d’argent avec les médias sociaux, ceux-ci étant un moyen détourné pour faire de l’argent. Même si ça semble complètement à contre sens de sa façon habituelle de faire, l’entrepreneur se laisse convaincre, car les magazines spécialisés le disent.
  • Les experts autoproclamés et les gourous du Web disent à l’entrepreneur que les médias sociaux relèvent d’une nouvelle forme de marketing : le marketing par engagement. Dans ce type de marketing, vous devez affecter quelqu’un ou une équipe pour dire à quel point vous êtes gentils et que vous n’avez strictement aucune intention mercantile. Autrement dit, vous devez faire semblant de ne pas vendre vos produits ou services. Si vous le faites, on vous dira que vous êtes une entreprise qui fait du « push ». N’oubliez jamais que les utilisateurs des médias sociaux ont une conscience morale à toute épreuve. Ils peuvent faire et défaire des réputations en moins de deux. Ça, c’est ce que l’on veut faire croire à l’entrepreneur. D’ailleurs, l’auteur Jeff Jarvis[1], dans son livre « What Would Google Do ? », nous fait une brillante démonstration à ce sujet lorsqu’il a vilipendé la société Dell. Il est devenu le Robin des ordinateurs et a obligé le méchant shérif de Dell à devenir un gentil producteur.
  • Les experts autoproclamés et les gourous du Web disent à l’entrepreneur que le marketing sur les médias sociaux doit être envisagé sur le long terme et non sur le court terme. L’entrepreneur ne doit espérer voir un retour sur investissement que dans deux ou trois ans. L’entrepreneur croit les spécialistes, car on ne cesse de lui seriner sur toutes le tribunes spécialisées que l’avenir passe par les médias sociaux.
  • L’entrepreneur, emporté par l’euphorie et la promesse de nouvelles formes de transactions économiques, se laisse convaincre et saute joyeusement dans le train du Web 2.0. Ce faisant, il vient gonfler les rangs du troupeau de dindes.
  • Plus il y a de dindes entrepreneurs, plus les experts autoproclamés et les gourous du Web s’achètent du temps pour peaufiner leurs stratégies et attirer encore plus de dindes entrepreneurs, car ils disposent maintenant d’un portfolio.
  • Et la bulle s’enfle, s’enfle encore, jusqu’à ce qu’un journaliste ou un expert, un jour, vienne dire que les médias sociaux ne changent pas vraiment la vieille donne économique. Et là, la bulle se dégonfle. Pendant ce temps, l’entrepreneur qui n’était pas sur les médias sociaux ne perd rien et est fin prêt à reprendre la clientèle de ses concurrents.

Je sais, c’est un scénario qui vous semble étriqué, mais je persiste et signe en vous disant qu’il ne l’est pas du tout. Cette façon de faire est caractéristique de toutes les bulles. Que les bulles spéculatives soient économiques ou sociales, cela ne change rien à l’affaire. Il y a en chacun de nous une dinde qui n’attend que le moment approprié pour se manifester. Être une dinde c’est de toujours être exposé aux impacts négatifs des événements imprévisibles.

Les dindificateurs

  • Le gourou[2] est celui qui détermine la nature du discours de la tendance. Il est arrivé à s’imposer dans son domaine comme une figure charismatique. Son discours, cohérent, fait la promotion sans distance critique des valeurs proposées par une tendance. Les médias l’invitent systématiquement pour donner son point de vue sur tel ou tel événement ou fait de société. Présents sur toutes les tribunes médiatiques jusqu’à saturation, les gourous sont la preuve vivante que les médias peuvent fabriquer des gens qui possèdent le savoir avec un grand S. Le problème du gourou, c’est qu’il ne reconnaît pas les limites de son savoir, et il les outrepasse régulièrement sans savoir qu’il les outrepasse.
  • Le spécialiste est celui qui explique la nature du discours de la tendance. Il possède généralement une bonne formation dans le domaine qu’il prétend connaître. Il a acquis sa réputation par ses faits d’armes. On s’accorde généralement pour dire qu’il sait de quoi il parle. Généralement, le spécialiste ne cherche pas, tout comme le gourou, à faire la promotion des valeurs véhiculées par une tendance. Il veut simplement démontrer qu’il sait de quoi il parle. Le problème du spécialiste, c’est qu’il connaît les limites de son savoir, et dès qu’on l’oblige à les franchir, il extrapole.
  • L’expert, quant à lui, est une espèce bien particulière. Il n’est ni gourou, ni spécialiste. Il se situe à mi-chemin entre les deux. Chaque média, écrit ou électronique, a son expert maison dans un domaine donné qui s’abreuve auprès des gourous et des spécialistes. Il ne fonde pas ses hypothèses sur l’observation empirique ou la vérification expérimentale. Ce sont ces individus qui contribuent le plus, avec les gourous, à convaincre les gens du bien fondé des valeurs proposées par une tendance, car son rôle est de diffuser le discours d’une tendance. Le problème de l’expert, c’est qu’il n’a strictement aucune idée de l’étendue de son ignorance.
  • L’expert autoproclamé est celui qui répète le discours des trois propagateurs précédents. L’autoproclamation n’est pas un phénomène récent. Internet a simplement décuplé la capacité de reproduction des experts autoproclamés. Par exemple, dans une étude[3] réalisée par B.L. Ochman, plus de 15 740 experts autoproclamés des médias sociaux ont été recensés. Un tel nombre d’experts autoproclamés qui s’appuient sur les réflexions et les hypothèses des gourous, des spécialistes et des experts n’est pas innocent et a forcément un impact. On peut les considérer comme les grands perroquets du discours des trois autres. Leur rôle est de répéter inlassablement les mêmes rengaines, pensant ainsi se positionner comme des gens ayant une opinion structurée et valable. Le problème de l’expert autoproclamé, c’est qu’il ne sait pas qu’il est ignorant. Il a la ferme conviction de savoir de quoi il parle.

[1] Jarvis Jeff, What Would Google Do ?, Collins Business, New York, 2009, p. 12-20.

[2] On retrouvera, en écologisme, des gens comme Al Gore, Yan-Arthus Bertrand, Nicolas Hulot, Hubert Reeves, David Suzuki, Steven Guilbeault, Laure Waridel et bien d’autres. Côté Web 2.0, on retrouvera des gens comme Jeff Jarvis, Clay Shirky et Mitch Joël, sans compter les innombrables gourous locaux sévissant dans votre propre pays. En marketing, on retrouvera des gens comme Seth Godin.

[3] Ochman B.L., Self-Proclaimed Social Media Gurus on Twitter Multiplying Like Rabbits, in What’s next blog ?, mai 2009, http://bit.ly/cFZdMf, http://www.whatsnextblog.com/archives/2009/12/self-proclaimed_social_media_gurus_on_twitter_multiplying_like_rabbits.asp

Dette publique : processus avalisé de dindification

Montesquieu, déjà en 1748, dans un chapitre éclairant intitulé « De la dette publique » tiré de son livre « De l’esprit des lois », mentionnait ceci : On « ôte les revenus véritables de l’État à ceux qui ont de l’activité et de l’industrie, pour les transporter aux gens oisifs ; c’est-à-dire qu’on donne des commodités pour travailler à ceux qui ne travaillent point, et des difficultés  pour travailler à ceux qui travaillent. »

Plus de deux siècles et demi plus tard, nous sommes encore face à la même situation. Dans le sauvetage des grandes sociétés de Wall Street, nos gouvernements ont généreusement donné à ceux qui ne travaillent point (Wall Street) pour créer de plus en plus de troubles à ceux qui travaillent (la classe moyenne). Chose assurée, la classe moyenne n’a pas le moindre avantage sur ces puissants créanciers que nous finançons pourtant.

La prochaine étape, logique et conséquente de la précédente, sera de réduire radicalement les programmes sociaux pour financer banquiers et spéculateurs lorsque la prochaine crise se présentera. Justement, à cet égard, le Royaume-Uni et l’Irlande commencent à comprendre de quoi il retourne : on fait des coupes sombres dans les programmes sociaux pour rembourser la dette publique, alors que la prochaine crise n’a même pas encore frappé. Et on s’étonne ensuite de voir le secteur privé envahir le domaine de la santé.

Et la dinde est heureuse, car elle peut continuer à consommer comme auparavant ! La dinde ne se doute jamais que le mille et unième jour elle se fera trancher la tête, car chaque jour qui passe lui confirme avec de plus en plus d’évidences que demain sera la réplique d’hier ou d’aujourd’hui. Qui veut entendre parler de la dette publique ? Surtout pas la dinde, car elle désire plutôt qu’on la gave de formules prêt-à-penser en lui disant que tout va comme dans le meilleur des mondes !

Compostage obligatoire à la grandeur du Québec : dindification massive

L’équipe de l’animatrice Isabelle Maréchal, du 98,5 FM à Montréal m’a gentiment invité à débattre avec le chroniqueur de La Presse, François Cardinal, à propos de cette obligation de composter et de tout recycler suite à l’annonce du ministre Pierre Arcand. Débat intéressant, il va sans dire !

La position de monsieur Cardinal est tout à fait justifiée et sensée, car ne pas recycler conduit à une déplétion rapide des matières premières. En ce sens, je suis entièrement d’accord avec lui : il faut trouver des solutions. Donc, ce n’est pas sur ce terrain que je prends position. Je prends position sur le terrain de notre adhésion massive au discours de l’écologisme. Si vous vous reportez à la courbe de dindification, vous remarquerez que, lorsque des lois et des règlements sont votés pour contraindre les citoyens à adhérer aux valeurs proposées, c’est qu’il y a une adhésion massive à un discours, autrement dit, que nous avons été dindifiés. On part ici du principe que le problème externe qu’est le recyclage doit être internalisé par les citoyens. Pour qu’il soit internalisé, on utilise les grands moyens !

Monsieur Cardinal a souligné le fait que mon discours était déconnecté de la réalité, et que le recyclage n’était pas subordonné au réchauffement climatique. Peut-être avait-il mal saisi ma position, car il souligne lui-même dans son article que les déchets putrescibles « constituent le pire ennemi des dépotoirs : ils s’y transforment en lixiviat et en gaz à effet de serre, contaminant ainsi le sol, l’air et l’eau. » Ceci étant dit, ce qu’il faut comprendre, c’est que, depuis 10 ans, tous les discours porteurs de l’écologisme — pollution, recyclage, développement durable, etc. — ont été totalement subordonnés à celui du combat contre le réchauffement climatique.

Les gourous de l’écologisme — Al Gore, David Suzuki, Hubert Reeves, Steven Guilbeault, Laure Waridel, Nicolas Hulot et bien d’autres — nous ont tellement dindifiés par leurs discours alarmistes et catastrophistes voulant que la planète se dirige droit vers une Apocalypse programmée, que le citoyen ne fait plus la distinction que monsieur Cardinal fait pourtant si bien : recyclage = éviter la déplétion rapide des matières premières. À l’opposé, dans la tête de plusieurs citoyens, recycler = devenir un combattant du réchauffement climatique, composter = devenir un combattant du réchauffement climatique, ne pas utiliser des sacs de plastique = devenir un combattant du réchauffement climatique, etc. On veut que vous deveniez un combattant !

Avec une loi vous obligeant à composter, on fait systématiquement de vous un conscrit du combat contre le réchauffement climatique. La conscription n’est jamais volontaire, elle est toujours obligatoire. Conséquemment, il y aura forcément des déserteurs, dont moi, et bien d’autres personnes. Le message que le gouvernement québécois envoie aux citoyens est le suivant : « Vous n’êtes pas assez responsable pour vous prendre en mains, nous allons vous y contraindre. » Quelle infantilisation…

Peut-être que si les gourous de l’écologisme cessaient de jouer les Cassandres, nous ne serions pas obligés d’arriver à des solutions aussi extrêmes que des lois, car nous comprendrions en toute logique que recycler c’est avant tout éviter une déplétion rapide des matières premières, et non de combattre le réchauffement climatique. Malheureusement, le discours de l’écologisme a pris une tangente du combattant. Personne n’aime être un combattant malgré lui.

Ceci étant dit, quels seront maintenant les impacts de notre adhésion massive au compostage obligatoire décrété par une loi ou un règlement sur nos vies et la société ? C’est ça qui importe.

États-Unis : LE dindificateur de la planète

Avez-vous déjà remarqué qu’il y a les États-Unis et « le reste du monde » ? Mais quel est au juste ce terme d’usage si courant utilisé par les politiciens américains et véhiculés par les médias ? D’un point de vue strictement américain, cette expression recoupe une réalité tout à fait étonnante : il exclut la vaste majorité du monde, sauf les pays qui sont alignés sur la politique américaine. En ce sens, le Canada, le Royaume-Uni, la France, l’Espagne, l’Australie et quelques autres pays participent « au reste du monde ». Les autres sont dans un no man’s land géopolitique.

« Le reste du monde » à l’américaine est un exemple de dindification à grande échelle dont nous sommes victimes. Quand nous faisons nôtre la définition américaine officielle du concept « le reste du monde », nous abaissons notre garde et faisons preuve d’une démission personnelle envers notre devoir de penser par nous-mêmes.

L’expression « le reste du monde » à l’américaine a au moins l’avantage de nous en dire un peu plus sur le choc des civilisations que nous vivons ou que nous vivrons. Peut-être faudrait-il s’en préoccuper ! Qu’en pensez-vous ?

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