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Dette publique : processus avalisé de dindification

Montesquieu, déjà en 1748, dans un chapitre éclairant intitulé « De la dette publique » tiré de son livre « De l’esprit des lois », mentionnait ceci : On « ôte les revenus véritables de l’État à ceux qui ont de l’activité et de l’industrie, pour les transporter aux gens oisifs ; c’est-à-dire qu’on donne des commodités pour travailler à ceux qui ne travaillent point, et des difficultés  pour travailler à ceux qui travaillent. »

Plus de deux siècles et demi plus tard, nous sommes encore face à la même situation. Dans le sauvetage des grandes sociétés de Wall Street, nos gouvernements ont généreusement donné à ceux qui ne travaillent point (Wall Street) pour créer de plus en plus de troubles à ceux qui travaillent (la classe moyenne). Chose assurée, la classe moyenne n’a pas le moindre avantage sur ces puissants créanciers que nous finançons pourtant.

La prochaine étape, logique et conséquente de la précédente, sera de réduire radicalement les programmes sociaux pour financer banquiers et spéculateurs lorsque la prochaine crise se présentera. Justement, à cet égard, le Royaume-Uni et l’Irlande commencent à comprendre de quoi il retourne : on fait des coupes sombres dans les programmes sociaux pour rembourser la dette publique, alors que la prochaine crise n’a même pas encore frappé. Et on s’étonne ensuite de voir le secteur privé envahir le domaine de la santé.

Et la dinde est heureuse, car elle peut continuer à consommer comme auparavant ! La dinde ne se doute jamais que le mille et unième jour elle se fera trancher la tête, car chaque jour qui passe lui confirme avec de plus en plus d’évidences que demain sera la réplique d’hier ou d’aujourd’hui. Qui veut entendre parler de la dette publique ? Surtout pas la dinde, car elle désire plutôt qu’on la gave de formules prêt-à-penser en lui disant que tout va comme dans le meilleur des mondes !

La dinde à deux vitesses

Nous sommes en passe de devenir une société à deux vitesses composées d’une poignée de gagnants et de groupes imposants de laissés-pour-compte. La classe moyenne s’effrite au rythme d’une croissance chinoise que nous alimentons nous-même.

De nos jours, le goût du risque n’est plus du tout l’apanage de valeureux entrepreneurs ou d’accros à l’adrénaline. Le seul fait de conserver ou non son emploi est devenu un risque qui se vit au quotidien. Ce qui me fait dire qu’il y a en chacun de nous un individu aux prises avec la capacité de se ruiner malgré lui.

Technologies et crise économique : un même pattern

Au cours des dernières semaines nous avons vu l’euro perdre de la valeur, des affrontements en Grèce et des sauvetages réalisés par le FMI et la Banque Centrale Européenne. Aussi curieux que la chose puisse paraître, ceci est le résultat d’un phénomène de plus en plus fréquent : concentrer les activités en pensant réduire les coûts et les problèmes. On fusionne les banques, les entreprises, les réseaux, les économies, etc. Malheureusement, cette course à la concentration des activités a un effet pervers.

Lorsque vous avez une multitude d’entreprises qui oeuvrent dans le même secteur, même si l’une de celles-ci s’effondre, l’impact négatif est réduit d’autant qu’il y a d’entreprises, et peu de gens sont touchés par l’impact de l’effondrement. Lorsque les entreprises d’un même secteur fusionnent, si la nouvelle entité fusionnée s’effondre, l’impact négatif est extrêmement élevé pour tout le monde.

Tant et aussi longtemps que les différents pays européens possédaient des monnaies différentes, il était relativement simple pour chacun de ceux-ci de dévaluer leur monnaie si les choses tournaient mal, qu’il s’agisse d’un problème de productivité nationale ou de dépense nationale trop élevée. Par contre, en ayant une monnaie commune tout en ayant des pays aux identités politiques, culturelles et économiques fort différentes, les chances que tout casse sont beaucoup plus élevées. Autrement dit, la résilience n’est pas l’apanage des grandes structures, mais d’une multitudes de petites structures oeuvrant dans un domaine donné.

Non seulement la concentration des activités risque de nous sauter en plein visage, mais en plus, nous complexifions cette concentration par de plus en plus de technologies pour gérer la complexité de ces monstres que nous créons. Autrement dit, l’un vient augmenter la complexité de l’autre et vice-versa. La semaine dernière, les marchés ont été nerveux suite à ce qui se passait en Grèce. Certains logiciels ont même commencé à dérailler et nous l’avons échappé de justesse.

Le problème c’est que, aujourd’hui, il devient de plus en plus difficile de tracer une nette démarcation entre événements économiques et événements technologiques, le tout étant intimement lié. Dans la semaine du 17 mai 2010, les système de transactions automatiques des marchés boursiers ont fait chuté les indices de 1,000 points en l’espace de 40 minutes. Ce fut inquiétant, mais ce fut un événement technologique lié au marché économique.  Qui nous dit que, la prochaine fois, il ne s’agira pas simultanément d’un événement technologique et économique ? Qui nous dit que le prochain événement technologique n’effraiera pas à ce point les investisseurs qu’ils commenceront à tout brader ? Le cas échéant, nous aurions une crise économique d’une grande ampleur.

La concentration d’autant de technologies complexes dans un secteur comme les marchés financiers où il y a de moins en moins de joueurs et de plus en plus de géants où l’émotion est constamment à fleur de peau, est à mon avis une recette idéale pour une prochaine crise sans précédent.

Et dire que je déteste les Cassandre de tous genres…

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