Au cours des dernières semaines nous avons vu l’euro perdre de la valeur, des affrontements en Grèce et des sauvetages réalisés par le FMI et la Banque Centrale Européenne. Aussi curieux que la chose puisse paraître, ceci est le résultat d’un phénomène de plus en plus fréquent : concentrer les activités en pensant réduire les coûts et les problèmes. On fusionne les banques, les entreprises, les réseaux, les économies, etc. Malheureusement, cette course à la concentration des activités a un effet pervers.
Lorsque vous avez une multitude d’entreprises qui oeuvrent dans le même secteur, même si l’une de celles-ci s’effondre, l’impact négatif est réduit d’autant qu’il y a d’entreprises, et peu de gens sont touchés par l’impact de l’effondrement. Lorsque les entreprises d’un même secteur fusionnent, si la nouvelle entité fusionnée s’effondre, l’impact négatif est extrêmement élevé pour tout le monde.
Tant et aussi longtemps que les différents pays européens possédaient des monnaies différentes, il était relativement simple pour chacun de ceux-ci de dévaluer leur monnaie si les choses tournaient mal, qu’il s’agisse d’un problème de productivité nationale ou de dépense nationale trop élevée. Par contre, en ayant une monnaie commune tout en ayant des pays aux identités politiques, culturelles et économiques fort différentes, les chances que tout casse sont beaucoup plus élevées. Autrement dit, la résilience n’est pas l’apanage des grandes structures, mais d’une multitudes de petites structures oeuvrant dans un domaine donné.
Non seulement la concentration des activités risque de nous sauter en plein visage, mais en plus, nous complexifions cette concentration par de plus en plus de technologies pour gérer la complexité de ces monstres que nous créons. Autrement dit, l’un vient augmenter la complexité de l’autre et vice-versa. La semaine dernière, les marchés ont été nerveux suite à ce qui se passait en Grèce. Certains logiciels ont même commencé à dérailler et nous l’avons échappé de justesse.
Le problème c’est que, aujourd’hui, il devient de plus en plus difficile de tracer une nette démarcation entre événements économiques et événements technologiques, le tout étant intimement lié. Dans la semaine du 17 mai 2010, les système de transactions automatiques des marchés boursiers ont fait chuté les indices de 1,000 points en l’espace de 40 minutes. Ce fut inquiétant, mais ce fut un événement technologique lié au marché économique. Qui nous dit que, la prochaine fois, il ne s’agira pas simultanément d’un événement technologique et économique ? Qui nous dit que le prochain événement technologique n’effraiera pas à ce point les investisseurs qu’ils commenceront à tout brader ? Le cas échéant, nous aurions une crise économique d’une grande ampleur.
La concentration d’autant de technologies complexes dans un secteur comme les marchés financiers où il y a de moins en moins de joueurs et de plus en plus de géants où l’émotion est constamment à fleur de peau, est à mon avis une recette idéale pour une prochaine crise sans précédent.
Et dire que je déteste les Cassandre de tous genres…