Compostage obligatoire à la grandeur du Québec : dindification massive
L’équipe de l’animatrice Isabelle Maréchal, du 98,5 FM à Montréal m’a gentiment invité à débattre avec le chroniqueur de La Presse, François Cardinal, à propos de cette obligation de composter et de tout recycler suite à l’annonce du ministre Pierre Arcand. Débat intéressant, il va sans dire !
La position de monsieur Cardinal est tout à fait justifiée et sensée, car ne pas recycler conduit à une déplétion rapide des matières premières. En ce sens, je suis entièrement d’accord avec lui : il faut trouver des solutions. Donc, ce n’est pas sur ce terrain que je prends position. Je prends position sur le terrain de notre adhésion massive au discours de l’écologisme. Si vous vous reportez à la courbe de dindification, vous remarquerez que, lorsque des lois et des règlements sont votés pour contraindre les citoyens à adhérer aux valeurs proposées, c’est qu’il y a une adhésion massive à un discours, autrement dit, que nous avons été dindifiés. On part ici du principe que le problème externe qu’est le recyclage doit être internalisé par les citoyens. Pour qu’il soit internalisé, on utilise les grands moyens !
Monsieur Cardinal a souligné le fait que mon discours était déconnecté de la réalité, et que le recyclage n’était pas subordonné au réchauffement climatique. Peut-être avait-il mal saisi ma position, car il souligne lui-même dans son article que les déchets putrescibles « constituent le pire ennemi des dépotoirs : ils s’y transforment en lixiviat et en gaz à effet de serre, contaminant ainsi le sol, l’air et l’eau. » Ceci étant dit, ce qu’il faut comprendre, c’est que, depuis 10 ans, tous les discours porteurs de l’écologisme — pollution, recyclage, développement durable, etc. — ont été totalement subordonnés à celui du combat contre le réchauffement climatique.
Les gourous de l’écologisme — Al Gore, David Suzuki, Hubert Reeves, Steven Guilbeault, Laure Waridel, Nicolas Hulot et bien d’autres — nous ont tellement dindifiés par leurs discours alarmistes et catastrophistes voulant que la planète se dirige droit vers une Apocalypse programmée, que le citoyen ne fait plus la distinction que monsieur Cardinal fait pourtant si bien : recyclage = éviter la déplétion rapide des matières premières. À l’opposé, dans la tête de plusieurs citoyens, recycler = devenir un combattant du réchauffement climatique, composter = devenir un combattant du réchauffement climatique, ne pas utiliser des sacs de plastique = devenir un combattant du réchauffement climatique, etc. On veut que vous deveniez un combattant !
Avec une loi vous obligeant à composter, on fait systématiquement de vous un conscrit du combat contre le réchauffement climatique. La conscription n’est jamais volontaire, elle est toujours obligatoire. Conséquemment, il y aura forcément des déserteurs, dont moi, et bien d’autres personnes. Le message que le gouvernement québécois envoie aux citoyens est le suivant : « Vous n’êtes pas assez responsable pour vous prendre en mains, nous allons vous y contraindre. » Quelle infantilisation…
Peut-être que si les gourous de l’écologisme cessaient de jouer les Cassandres, nous ne serions pas obligés d’arriver à des solutions aussi extrêmes que des lois, car nous comprendrions en toute logique que recycler c’est avant tout éviter une déplétion rapide des matières premières, et non de combattre le réchauffement climatique. Malheureusement, le discours de l’écologisme a pris une tangente du combattant. Personne n’aime être un combattant malgré lui.
Ceci étant dit, quels seront maintenant les impacts de notre adhésion massive au compostage obligatoire décrété par une loi ou un règlement sur nos vies et la société ? C’est ça qui importe.
