Courbe de dindification
Suite à la multitude d’entrevues que j’ai réalisées auprès des médias, j’ai reçu plusieurs courriels pour que j’explique la courbe de dindification. Le lecteur comprendra qu’il s’agit que d’un résumé d’un livre beaucoup plus complet qui explique le phénomène des tendances qui sortira à la fin mars 2011 et intitulé « Théorie des tendances – Le mutisme du futur ».
Ce qu’il faut tout d’abord comprendre, c’est que la dindification est essentiellement un processus d’euphorisation des foules. Observez attentivement cette courbe.
Voyons maintenant comment ce processus se déroule :
1. Initiateurs. A) Quelqu’un lance une idée ou un concept. B) Il peut s’agir d’une nouvelle tendance qui vient d’émerger d’une tendance qui s’est effritée ou effondrée.
2. Branchés. Au tout début, ce sont les gens qui sont toujours attirés par la nouveauté qui décident ou non d’adopter l’idée. Ce sont les « branchés ». En marketing, on parle des « early adopters » S’ils « achètent » l’idée, ils commencerent à la diffuser par le truchement de différents canaux.
3. Première contamination. Si les branchés ont assez d’influence et qu’ils réussissent à « contaminer » d’autres branchés, une certaine masse critique est atteinte. Sur le graphique, c’est la première courbe juste au dessus de l’axe des refus. Par contre, cela ne veut pas pour autant dire qu’une fois la masse critique de branchés atteinte, que l’idée sera acceptée par les cercles d’amis immédiats.
4. Cercles d’amis. Les cercles d’amis immédiats adoptent l’idée. Pendant une certaine période de temps, plus ou moins longue, l’idée connaît des hauts et des bas. Si l’idée réussit à se répandre auprès de plusieurs cercles d’amis, elle commence alors à se transformer graduellement en un potentiel phénomène de masse.
5. Groupes élargis. Une fois que l’idée commence à devenir un potentiel phénomène de masse, son nombre d’adeptes croît rapidement. On entre dans les groupes élargis.
6. Artistes. Les artistes constatent que certaines valeurs proposées par la tendance répondent à certaines de leurs sensibilités. Ils les adoptent et s’en font les porte-drapeaux.
7. Journalistes. Les journalistes se rendent compte du phénomène une fois qu’une masse critique adopte l’idée. C’est ici que l’euphorisation de la tendance commence. L’idée atteint maintenant la grande diffusion par le truchement des médias de masse. Par la suite, les médias individuels (médias sociaux) prennent la relève et rediffusent massivement l’idée.
8. Consensus. Dès que les médias (de masse et sociaux) se font la courroie de transmission des valeurs proposée par une tendance, le consensus s’établit. S’installent alors dans le discours de la tendance les phrases types suivantes : « Tout le monde s’entend pour dire que… », « Tous les scientifiques s’entendent pour dire que… », « Tous les experts s’entendent pour dire que… ». À défaut de certitudes, on évoque le consensus.
9. Gourous, spécialistes, experts. Les gourous, les spécialistes, les experts, et les experts autoproclamés amplifient de plusieurs degrés l’euphorisation de la tendance. Les gourous sont ceux qui initient les nouvelles idées ou les concepts innovateurs, mais ils ne reconnaissent pas les limites de leur savoir. Les spécialistes sont ceux qui savent vraiment de quoi ils parlent, mais ils extrapolent si on les oblige à les franchir. Les experts sont à mi-chemin entre les gourous et les spécialistes. Ils n’ont généralement pas une formation dans le domaine dont ils traitent, mais ils ont on eu la piqûre pour celui-ci. Ce faisant, ils n’ont aucune étendue de leur ignorance. Les experts autoproclamés sévissent sur le Web et les médias sociaux et ne savent pas qu’ils sont ignorants.
10. Grand public. Par l’effet combiné des journalistes, des gourous, des spécialistes, des experts et des experts autoproclamés, l’euphorisation atteint maintenant le grand public.
11. Sous-tendances. Lorsque le grand public s’investit dans la tendance, parfois, c’est le moment où les premières personnes qui ont adhéré au système de valeurs de la tendance commencent à décliner celles-ci en différentes sous-tendances.
12. Politiciens et législations. Lorsque le grand public adhère aux valeurs proposées par la tendance, celui-ci demande aux instances gouvernementales d’adopter des lois et des règlements pour encadrer les différentes pratiques reliées à la tendance. Lorsque les instances politiques s’impliquent, le niveau d’euphorisation augmente encore, car les gens se disent que c’est vraiment sérieux.
13. Radicalisation. Lorsque le niveau politique s’investit et prend position en faveur de la tendance, c’est généralement à ce moment que les gardiens de l’orthodoxie de la tendance déclinent la tendance en une ou des sous tendances plus radicales en augmentant le niveau des irritants de celles-ci.
14. Entreprises. Avec les politiciens et le grand public totalement euphorisés par la tendance, les entrepreneurs se disent qu’il est impensable de ne pas investir ce nouveau marché qui offre de nouvelles possibilités. Selon le degré d’euphorisation atteint, les entreprises qui s’opposaient jusque là à la tendance, ou qui étaient réticentes, succombent (parfois malgré elles) à l’euphorisation.
15. Retardataires. Pour les gens qui tardent toujours à prendre le train d’une tendance, le fait que les entreprises, le politique et la majorité du public s’investissent dans la tendance, les convainc une fois pour toutes de suivre (parfois malgré eux).
16. Euphorisation maximale. Lorsque les quinze conditions précédentes sont réunies, l’euphorisation de la tendance atteint son apogée. La tendance acquiert le statut définitif de système de valeurs.
17. Événement imprévisible. Une fois qu’une grande partie de la population est investie dans une tendance, un événement imprévisible — causes naturelles, décisions politiques, irruption de nouvelles technologies — fait basculer la tendance.
18. Effritement et effondrement. L’effritement ou l’effondrement d’une tendance n’est possible que par l’irruption d’un événement imprévisible : désastre naturel, décision politique ou économique, nouvelle technologie.
19. Nouvelle tendance. Et le cycle recommence avec une sous tendance ou une toute nouvelle tendance.

